La bioéthique

Publié le par diotime

La bioéthique

Conférencier : Serge Monnier

Lieu: Hôpital Emile Roux, Ecole d’infirmière

Date : lundi 21 février, 18h30

 

 

Serge Monnier est agrégé de philosophie, helléniste et prolifique conférencier. Après une carrière politique qui l'a conduit à être Maire du Puy et Député, il revient à la philosophie fondamentale.

 

QUELLE ETHIQUE POUR LA BIOETHIQUE ?

 

INTRODUCTION

 

1 – Développements et progrès de la médecine, de la génétique, des biotechnologies

ðaugmentation des pouvoirs de l’homme sur le vivant, de son commencement à son terme.

De nouvelles possibilités d’action ;

 ð questions sur le droit de le faire : est-ce un bien d’agir ainsi ?

ð Naissance et développement de la « bioéthique ».

 

2 – Est-ce de la « morale » ou de l’ «éthique » ?

            a/ Distinction courante et valorisation de l’éthique au détriment de la morale.

                        a) morale : interdits, obligations dont la valeur est + ou – douteuse ;

                                               Pression sociale, poids de la tradition,

                                     des croyances religieuses (le péché, etc.)

                        b) éthique : des exigences nobles qui ne détruisent pas l’autonomie de la personne.

            ð Personne ne doit nous « faire la morale »,

      mais il est de bon ton de se réclamer d’une « éthique » !

 

b/ Sémantiquement et historiquement, la distinction n’est pas justifiée :

Les  termes « ethos » en grec et « mores, morium » en latin ont le même sens : la manière habituelle de vivre, de se comporter

ð « éthique » ou « morale » = étude normative de la conduite humaine

            cf. titre des ouvrages : « Ethique à Nicomaque » (Aristote), « éthique » (Spinoza).

 

            La connotation « normative » peut être plus ou moins accentuée.

 

            Aujourd’hui certains les assimilent purement et simplement

 (cf Ruwen OGIEN, L’éthique aujourd’hui,  p. 16-17).

 

c/ D’autres les distinguent, en inversant leur rapport hiérarchique :

Cf. Jürgen HABERMAS, qui, à la suite d’ HEGEL, distingue très nettement :

a/ la « morale » = les normes avec prétention de validité universelle et justification rationnelle.

b/ l’ « éthique » : un ensemble de valeurs liées à un choix de vie, à une vision du monde, particulière à un groupe, un « ethnos », et même individuelle = ce qui est bon pour moi, et pour nous, et qui n’a pas besoin d‘être justifié, il suffit que cela nous convienne.

 

ð Nous emploierons le terme « éthique » en un sens large et un peu flottant, lorsqu’il y a référence à des principes pour apprécier ce qui est permis ou interdit, souhaitable ou non.

Lorsque l’on a recours à des principes pour régler, limiter, le pouvoir de l’homme sur le vivant, et spécialement le vivant humain que nous sommes ð on parle de « bioéthique ».

           

3 -  Problématique née de la multiplicité éthique.

           

A/ Dans le domaine de la « théoria » et de la « poiesis » (technique),

            Les différentes solutions à un problème sont examinées et jugées  en se référant à un corps de principes unifiés, formant un tout cohérent,  universellement accepté par l’ensemble des spécialistes :

            Ex. les lois de la physique newtonienne, ou de la thermodynamique, pour la physique ;

                   La géométrie euclidienne admettant que par un point pris hors d’une droite, on ne peut mener qu’une parallèle à cette droite (5ème postulat d’Euclide) ; et on laisse de côté la géométrie de Riemann pour laquelle « par un point pris hors d’une droite on ne peut faire passer aucune parallèle à cette droite » (cf. les grands cercles qui se coupent tous sur une surface sphérique).

            B/ Dans le domaine de la « praxis » (= la conduite humaine),

            Les différentes interventions possibles techniquement sur le vivant et le vivant humain, doivent être examinées et appréciées, comme acceptables ou défendues, à la lumière d’un corps de principes pratiques ou éthiques ; mais il n’y a pas  un seul corps de principes qui fasse l’unanimité : pluralisme plus ou moins irréductible.

 

            C/ S’il y a plusieurs éthiques ou morales : au moins 6, mais ce n’est pas exhaustif.

-     Comment se définissent-elles ?

-          Sont-elles équivalentes ?

-          Si non, laquelle faut-il retenir ?

ð D’où la question précise de mon propos de ce soir : Quelle éthique pour la bioéthique ?

 

4 – Annonce du plan :

 

            Ière partie : Ethique de la rencontre, sous deux formes :

                                   A – La pitié – cf. ROUSSEAU

                                   B – L’appel du Visage – cf. LEVINAS

 

            IIème partie : Ethique ( ou morale) de l’universel, objectif et subjectif.

                                   A – Ethique du devoir et de la dignité de la personne – cf. KANT

                                   B – Ethique de la discussion – Jürgen HABERMAS

 

            IIIème partie : Les extrêmes :

                                   A – Ethique libérale :

                                               1/ J.S. MILL et l’utilitarisme

                                               2/ Ruwen OGIEN : le minimalisme moral.

                                   B – Ethique réaliste : reconnaissance de l’être vivant humain.

                                               1/ Essence : téléonomie et morphogenèse autonome – Jacques MONOD

                                               2/ Unité, unicité et continuité de l’acte d’exister – THOMAS d’AQUIN

 

 

 

 

DEVELOPPEMENT

 

Ière partie : ETHIQUE DE LA RENCONTRE.

 

I – LA PITIE – cf. J.J ROUSSEAU

 

A – Deux principes innés de justice et de vertu.

           

1/– Ils sont antérieurs à la raison (DOFI p. 36)

            ð« On n’est point obligé de faire de l’homme un philosophe avant que d’en faire un homme » (DOFI p. 36) – cf. Emile Livre VII : « Nous pouvons être homme sans être savant ».

            Il n’est pas nécessaire d’avoir d’abord répondu aux grands questions métaphysiques sur l’immortalité de l’âme, l’existence de dieu, etc.  pour savoir comment nous devons agir pour nous rendre dignes d’être heureux.

           

2/ Amour de soi et pitié.

a)      L’amour de soi nous intéresse à notre propre conservation.

b)      La pitié nous porte à ne pas faire ni laisser souffrir un autre être sensible, qu’il soit animal ou humain : « l’impulsion intérieure de la commisération » (DOFI p. 37)

      ou encore : « une répugnance innée à voir souffrir son semblable » (DOFI p. 74).

 

B – Difficulté de l’application générale du principe de pitié.

 

1/ Une contradiction frontale : « Voir souffrir fait du bien, faire souffrir plus de bien encore »

cf. NiETZSCHE in Généalogie de la morale.

 

2/ Relativité du sentiment éprouvé (cf. Emile, p. 261).

L’émotion de la pitié dépend d’une transposition hors de nous et d’une identification avec l’animal souffrant en quittant en quelque sorte notre être propre pour prendre le sien.

Or « ces impressions diverses ont leurs modifications et leurs degrés qui dépendent du caractère particulier de chaque individu et de ses habitudes antérieures » (Emile, p. 267)

 

3/ Conflit avec l’amour de soi et impact négatif de la raison calculatrice ð l’amour propre.

 

a)      L’amour de soi garde ses droits.

Cf. DOFI, p. 37 : « Tant qu’il ne résistera point à l’impulsion intérieure de la commisération, il ne fera jamais du mal à un autre ni même à aucun être sensible, excepté dans le cas légitime où sa conservation se trouvant intéressée, il est obligé de se donner la préférence à lui-même ».

P. 77 : « (…) c’est la pitié (sentiment naturel) qui nous pore sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir… c’est elle qui détournera tout sauvage robuste d’enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs ».

ð Et s’il n’a pas cet espoir ? Et s’il estime qu’il vaut mieux pour lui qu’il s’évite la peine de chercher sa nourriture ailleurs ?

 

b)      La raison voit plus loin et calcule ð de l’amour de soi à l’amour propre.

La raison calcule et me fait voir plus loin que l’instant présent : « l’homme qui médite est un animal dépravé » (DOFI Ière partie    )

Cf . l’apologue du partage ou non du morceau de pain ð je me préfère « moi demain » à « lui aujourd’hui » !

 

 

 

C – Application à la bioéthique.

            Le recours au sentiment (pitié , commisération) peut-il fournir un principe sûr pour apprécier ce que l’on doit faire ou ne pas faire ?

 

a)      envers l’embryon ?

a.       Que ressent-il ? Peut-on en avoir pitié s’il ne souffre pas encore ?

b.      Faut-il supposer que le fœtus souffre au moment de l’avortement pour refuser l’IVG ?

c.       Et s’il ne souffre pas, est-ce suffisant pour accepter l’IVG ?

 

b) envers une vie à venir que l’on estime inhumaine, intolérable (maladie, handicap, conditions sociales très défavorables) ?

            Mais chacun apprécie la souffrance à venir dans un état donné en fonction de sa sensibilité propre, de son expérience de vie. Cf. supra.

 

b)      envers un désir d’enfant non satisfait : recours aux PMA (Procréation Médicalement Assistée).

a.       Quelle importance faut-il accorder à la souffrance due à un désir d’enfant non satisfait ?

b.      Mais ne faut-il pas mettre cette souffrance de l’adulte en balance avec la souffrance possible de l’enfant à naître dont la formation et l’équilibre psychologique peuvent rencontrer des différences spécifiques ? = a-t-on le droit de faire naître volontairement un orphelin de père ?

 

c)      envers un être humain en fin de vie.

a.       Comment apprécier la souffrance du moribond, de l’agonisant, puisque par hypothèse nous n’avons pas connu cet état ?

b.      Incidence de la raison calculatrice et de l’hypocrisie :

                                                                          i.      Réflexion ð calcul du coût (financier, social, affectif) qu’entraîne pour nous la prise en charge de la personne mourante ou gravement dépendante.

                                                                        ii.      Surestimation de la souffrance de l’autre pour justifier ce qui va alléger notre propre souffrance : « on ne peut pas lui infliger cela… », mais c’est surtout sur nous-mêmes que nous nous apitoyons !

TRANSITION :

 

ð Difficulté de fonder des règles sûres en se reposant sur le sentiment naturel de pitié ;

 

ð De toute façon, la pitié n’aura pas le dernier mot : l’amour de soi demeure légitime en dernière instance, et il peut même se gonfler pour se muer en « amour propre » qui étouffe la pitié !

 

ð N’y aurait-il pas une autre expérience qui pourrait fonder plus radicalement l’exigence éthique

et même engendrer une exigence de sacrifice : une responsabilité infinie pour autrui découverte dans la rencontre du Visage cf. LEVINAS ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II – L’APPEL DU VISAGE – cf. Emmanuel LEVINAS

 

A – UNE EXPERIENCE QUI CONJOINT LA METAPHYSIQUE ET L’ETHIQUE.

 

1/ Le savoir et l’action : distinction et antériorité renversée.

a)      Philosophie antique : Platon, Aristote, Stoïciens, Epicuriens ;;;

Le savoir éclaire l’action : savoir qui nous sommes et ce que nous sommes, dans le monde (nature) en rapport avec Dieu ou les dieux ð savoir comment nous devons agir pour accomplir pleinement notre nature et parvenir au bonheur, à l’ataraxie, etc.

b)      Pour Kant, la métaphysique comme science est impossible, mais la raison pratique st plus certaine que la raison théorique (cf . Rousseau : la conscience, instinct divin , guide infaillible… - Profession de foi du vicaire Savoyard)

ð Connaissance du Devoir et des devoirs ð Postulats de la raison pratique

-          liberté de l’homme (je peux parce que je dois)

-          immortalité de l’âme (prolongement indéfini du perfectionnement moral)

-          existence de Dieu (souverain Bien tout puissant qui rend possible la conjonction de la vertu et du bonheur.

 

2/ Conjonction dans une même expérience vécue : la rencontre du Visage comme appel.

 

B – LA RENCONTRE DU VISAGE ET LA RESPONSABILITE POUR L’AUTRE.

 

1/ Le Visage =/= la figure : ce que je vois, dont je m’empare par le regard, pour le parcourir, l’envelopper et le ramener à moi. La vison est centripète et dépend de mon intérêt.

 

2/ Le Visage = la personne de l’autre comme appel.

 

a)      le Visage (ou Personne de l’Autre) déborde tout ce que je peux enfermer dans un regard ou dans une compréhension qui dissèque et domine, en ramenant l’Autre au Même.

ð l’Autre comme Infini (ce que l’on ne peut pas circonscrire, délimiter et posséder)

 

b)      le Visage est ce qui me tire à lui ð je suis déstabilisé, décentré (=/= « conatus » Spinoza)

ð un appel = je suis convoqué, requis ; je ne peux pas rester indifférent, car je suis irrémédiablement concerné.

Si je ne réponds pas c’est encore ma responsabilité !

 

3/ La responsabilité pour l’Autre : cf. Genèse 4,9 = Caïn et Abel « Qu’as-tu fait de ton frère ? – Suis-je le gardien de mon frère ?

                        ð Une responsabilité infinie : je suis en condition d’otage et je n’aurai jamais payé ma dette ; je ne peux jamais dire « ça suffit, j’en ai fait assez, je suis quitte » ð exigence du sacrifice suprême.

 

C – LE VISAGE COMME MANIFESTATION ASSISTEE.

 

-          La rencontre du Visage ne concerne pas tous les êtres vivants, même sensibles.

-          L’expérience de la  rencontre du Visage dans sa double dimension conjointe à la fois métaphysique (découverte d’un au-delà de ce qui est corporel et matériel)  et éthique (irruption d’une exigence de dévouement total à l’autre et pour l’autre) ne se produit qu’en présence d’une « manifestation assistée » ð limitation à une partie du monde vivant et sensible.

 

1/ Le sujet assiste à sa manifestation : il est le spectateur du spectacle qu’il donne ;

=/= l’animal se montre, il se donne à voir, mais il n’assiste pas à sa propre manifestation, il ne se perçoit pas comme étant vu, regardé, jugé par autrui.

                        2/ Le sujet assiste sa manifestation : il lui porte assistance, car il prend en compte l’effet qu’il produit sur le spectateur ð cela le conduit à corriger, rectifier son attitude = exemple de la pudeur.

 

ð Faire reposer l’éthique et ses exigences sur l’expérience vécue – et donc forcément singulière – de la rencontre du Visage comme appel, ne présente-t-il pas des difficultés pour la bioéthique ?

 

 

D – APPLICATION A LA BIOETHIQUE.

 

1/ La rencontre du Visage : une expérience vécue en face d’une « manifestation assistée ».

            ð Qu’en est-il de ce qui ne réalise pas encore ou ne réalise plus une « manifestation assistée » ?

a)Avant la naissance : y a-t-il ou non une responsabilité à l’égard de l’embryon ou du fœtus ?

b)Y a-t-il une responsabilité à l’égard de la « personne à venir » qui ne s’est pas encore « manifestée » ?

c)      En cas de maladie grave (coma, Alzheimer…), la manifestation assistée n’est plus possible ð la rencontre du visage ne pouvant pas être effectivement vécue, l’exigence éthique est-elle encore susceptible de surgir ?

 

2/ La rencontre du Visage : une expérience singulière et contingente.

ð Rien ne garantit que tout sujet humain a eu, ou aura l’occasion de vivre cette rencontre du Visage comme expérience à la fois métaphysique et éthique.

Doit-on la présupposer tacitement, ou la postuler, et même l’exiger : « Tu dois faire cette expérience »… mais au nom de quoi formuler cet impératif ?

 

3/ Problème de l’universalisation.ð Comment notre responsabilité peut-elle être engagée non seulement à l’égard d’un individu ou de quelques uns, mais à l’égard de tous ?

 

a)      Par ressemblance : l’extension du nombre de sujets à l’égard desquels je suis responsable reposerait sur la ressemblance entre les sujets : identité de condition, de souffrance, etc.

ð Mais la force de l’exigence ne peut que diminuer, puisqu’elle repose sur la puissance de l’imagination pour retrouver dans tout un chacun ce qui n’a été vécu et profondément éprouvé que dans une expérience singulière.

 

b)      Par contiguité : celui dont je suis responsable en raison de la rencontre vécue est appelé à vivre dans un environnement où les individus sont en interaction : entraide, gêne, concurrencer, etc.

ð Ma responsabilité pour Pierre exige de moi de prendre soin aussi de Paul qui peut aider Pierre ou lui nuire selon qu’il aura été lui-même aidé ou négligé !

 

Mais cette universalisation seconde et indirecte ne place pas tous les sujets sur un pied d’égalité : ceux pour lesquels il n’y a pas eu expérience directe de la rencontre du Visage risquent d’être « instrumentalisés », voire sacrifiés !

 

N’est-ce pas ce qui risque d’arriver avec la pratique du « bébé médicament » et l’utilisation du double DPI (d’abord sélection des embryons qui ne portent pas la maladie dont l’aîné déjà vivant est affecté, puis parmi eux sélection de ceux – et de celui- qui sera compatible avec le receveur déjà né lorsqu’il faudra utiliser ses cellules pour soigner l’aîné) ?

 

TRANSITION

 

Les apports (en matière de motivation), mais aussi les insuffisances d’une éthique de la rencontre étant pris en compte ne faut-il pas se tourner vers des fondements de l’éthique qui incluent d’emblée la dimension de l’universel, aussi bien du point de vue objectif que du point de vue subjectif ? ð Ethique du devoir et éthique de la discussion.

 

 

IIème partie : UNIVERSALISATION OBJECTIVE ET SUBJECTIVE.

 

I – ETHIQUE DU DEVOIR ET DIGNITE DE LA PERSONNE HUMAINE. Cf. KANT

 

            A – Bonne volonté et devoir.

 

            1/ Nous portons tous des jugements de valeur :

                        a – Ce que nous apprécions, mais non pas de manière absolue, car dévoiement possible :

a)  les talents de l’esprit (l’intelligence, le discernement…)

b) les qualités du tempérament (le courage, la décision, la persévérance…)

g) Les dons de la fortune (pouvoir, richesse, considération, bonheur…)

                        b – Seule une bonne volonté est tenue pour absolument bonne, sans réserve.

                                   ð Elle est la condition indispensable de ce qui nous rend dignes d’être heureux.

 

2/ Ce qui fait que la volonté est une bonne volonté.

                        A – Se déterminer à vouloir ce qu’elle veut, de manière désintéressée : sans tenir compte de ce qui dépend du goût ou des penchants (les satisfactions apportées par l’action dans son déroulement ou dans son résultat)

                        B – Le Devoir : agir par pur respect pour la loi morale.

                                   a)  le contenu ou le résultat de l’action ne sont pas déterminants :

                                   ð Les impératifs hypothétiques – sans nécessité absolue : il faut présupposer un bien recherché pour que la nécessité de l’impératif s’impose.

-          Les règles de l’habileté = les compétences techniques

-          Les conseils de la prudence = savoir conduire sa vie pour obtenir des satisfactions

-                b) mais c’est la forme de la loi qui est déterminante pour la volonté.

     ð Impératif catégorique : « Tu dois… »

           

B – Du Devoir aux devoirs : l’universalisation de la maxime de l’action et contradiction objective.

 

            1/ A partir du Devoir qui me dit comment je dois vouloir, je puis déduire les devoirs qui me disent ce que je dois faire.

                        Puisque le Devoir me dit que je ne dois me déterminer à vouloir ce que je veux qu’en raison de la forme de la loi, il faut que ce que je veux faire puisse être érigée en loi universelle.

 

2/ Les formules de l’impératif catégorique = comme une formule algébrique qui permet de résoudre un problème. Cela suppose que je me pose la question de savoir si j’ai le droit de faire ceci ou cela.

 

a)      Première formule : Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle.

b)      Deuxième formule : Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. (= universellement et strictement appliquée).

 

3/ Le test d’universalisation de la maxime n’est pas subjectif, mais objectif :

a)      Il ne s’agit pas de savoir si j’aimerais que les autres me fassent la même chose, ou si les autres accepteraient de faire la même chose.

b)      Il faut savoir si l’universalisation du contenu n’entraîne pas une contradiction.

a.       Contradiction dans les possibilités de l’action : exemple de la fausse promesse pour se tirer d’embarras ð si tous ceux qui sont dans l’embarras devaient chercher à s’en tirer par une fausse promesse, personne ne pourrait faire de fausse promesse parce que personne ne les croirait.

b.      Contradiction dans la volonté elle-même : si je décide de ne pas cultiver mes talents, alors je veux que ma volonté ne soit pas suivie d’effet puisque je n’aurai pas la capacité de réaliser ce que je veux ð cela revient à vouloir ne pas vouloir !

 

C – La personne comme fin en soi : dignité, moralité et autonomie de la volonté.

 

            1/ La dignité de la personne humaine : son aptitude à la moralité.

                        « La moralité, ainsi que l’humanité, en tant qu’elle est capable de moralité, c’est là ce qui seul a de la dignité » (Fondements de la Métaphysique des mœurs, Ière section, éd. Delbos p.160)

                        ð Capacité de se déterminer de façon désintéressée, par pur respect pour la loi morale (le Devoir), donc par delà tous les penchants et tous les intérêts = être capable de se détacher de son attachement à la vie – cf. HEGEL).

                        ð « Avoir une dignité = avoir une valeur inconditionnée, incomparable, qui seule peut être l’objet du  « respect » (op. cit.p.162).

 

2/ L’autonomie de la volonté.

                        La force de l’obligation contenue dans le Devoir ne peut pas venir d’une instance ou d’une autorité extérieure qui ne peut imposer l’obligation qu’en usant d’un mobile intéressé (la promesse ou ola menace d’un châtiment ð cela produirait un effet « double bind » (double contrainte, ou injonction contradictoire : « je t’ordonne de vouloir ce que tu veux de façon désintéressé sinon je te punis »).

                        En s’imposant à elle-même  le Devoir (impératif de désintéressement dans la détermination de la volonté), celle-ci ne fait que s’affirmer pleinement elle-même comme liberté capable de se déterminer à vouloir ce qu’elle veut sans être assujettie à une influence extérieure, quelle qu’elle soit).

ð « L’autonomie est donc le principe de la dignité de la nature humaine et de toute nature raisonnable » (op. cit. p. 162).

 

3/ « La nature raisonnable existe comme fin en soi » (op. cit. p. 150)

ð « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps  comme une fin, et jamais simplement comme un moyen » (ibid.)

 

D – Application à la bioéthique.

 

1/ Clarté lorsque la personne est apte à la moralité (adulte conscient de ses actes).

           

A - Respecter la personne comme fin en soi, c’est respecter l’humanité qui est en elle.

Or l’humanité = aptitude à la moralité et autonomie de la volonté qui s’impose à elle-même la loi morale.

Donc ne pas imposer à autrui une action qui soit contraire à l’humanité en elle, c’est ne pas lui imposer une  action que la personne ne peut pas vouloir parce qu’elle est contraire à la loi morale.

ð exemples : Faire pression pour que quelqu’un fasse un faux témoignage.

                        Demander à quelqu’un de se donner la mort pour éviter d’être diffamé.

                         Imposer à quelqu’un de voler pour qu’un proche ne soit pas inquiété.

                        Empêcher un enfant de recevoir une formation = ne pas cultiver ses talents.

ð Respecter dans la personne son  humanité comme fin en soi c’est agir envers elle de façon à préserver  son aptitude à la moralité et favoriser la pratique effective de la morale = vraie liberté.

B – A condition que l’humanité de la personne soit bien respectée « comme fin en soi », alors cette même humanité peut aussi être traitée comme un moyen : ses forces, physiques, intellectuelles, et morales peuvent êtres source d’avantage pour autrui, et pour elle-même.

ð La fidélité et la sincérité d’une personne permettent de lui confier des responsabilités au service d’un groupe ou d’une entreprise, et en même temps l’exercice de ces qualités morales entraînent pour lui reconnaissance et considération. Celui qui ne serait loyal que par intérêt n’agirait pas moralement.

ð Peut-on mettre son corps au service d’une bonne cause ? Oui, à condition que l’usage qui en est fait soit conforme à la loi morale. Qu’en est-il de la « gestation pour autrui » (« mère porteuse ») ? Satisfaire le désir d’enfant, est-ce une bonne cause ? Quelles conditions doivent être remplies ? Faut-il imposer la gratuité ? Mais les pompiers volontaires touchent des indemnités ! Est-ce immoral ?

            2/ Obscurité lorsque la personne n’est pas encore ou n’est plus apte à la moralité.

a)      Kant considérant que la métaphysique ne peut pas devenir une science, écarte tout enseignement de psychologie rationnelle en dénonçant les « paralogismes de la raison pure »

ð refus de faire de l’âme une substance qui demeurerait identique à elle-même depuis la conception jusqu’à la mort

ð le rapport entre l’âme et le corps demeure indéterminé.

b)      comment faut-il traiter l’embryon ou encore la personne âgée gravement dépendante dont la vie semble seulement végétative ?

Ignorant ce que sont vraiment le corps, l’âme et leur lien, nous ne savons pas ce que sont réellement l’embryon ou le mourant en phase terminale, nous ne pouvons pas savoir comment nous devons agir sur eux ou envers eux.

 

TRANSITION

 

Serait-il possible de lever cette aporie en se tournant vers une universalisation subjective pour obtenir un accord unanime de la part de tous les individus concernés… aussi longtemps qu’ils sont en mesure de participer à une « discussion » ?

 

TAILLE LIMITE ATTEINTE: voir la suite de la conférence dans l'article: "Bioéthique 2"

 

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Clovis Simard 09/08/2012 13:22

Blog(fermaton.over-blog.com),No-25. -THÉORÈME NIETZSCHE. - Pourquoi ne rêves-tu pas lion bêlant ?