café-philo AME sur l'amour

Publié le par diotime

 

 

22 novembre 2010

Chers amis, notre café-philo sur « L’amour, ses formes et ses degrés » a eu lieu au « Meygal », à Saint-Hostien, le vendredi 19 novembre dernier. Je remercie ceux qui ont participé à ce moment convivial et riche et je tiens aussi informés ceux qui, n’ayant pas pu venir, ont cependant témoigné de l’intérêt pour cette initiative.

Ce café-philo faisait suite à celui qu’avait animé, quelques semaines auparavant, madame  Geneviève Favre, à Saint-Julien Chapteuil, sur un thème très voisin.

Ce thème est suffisamment riche et complexe pour que nous y consacrions, en vue de l’approfondir, nos autres cafés-philo de l’année.  Nous sommes désormais un petit groupe intéressé par cette discussion, et nous pouvons, en en parlant autour de nous, inviter et associer d’autres personnes. Nous fixerons prochainement une autre date et un autre lieu, puisque notre association, AME, tient beaucoup à l’itinérance comme manière d’animer un large territoire.

Je souhaite vous rendre brièvement compte de nos échanges, afin de dégager des pistes pour nos prochains rendez-vous et afin que ceux qui le veulent puissent lire, se renseigner et continuer d’y penser.  C’est comme cela que nous pourrons enrichir notre discussion de mois en mois.

La soirée de l’autre soir a été introduite par Jean-Luc Giraud, qui est l’un des animateurs du Cler en Haute-Loire. Le Cler est une association habilitée à passer dans les établissements scolaires pour éduquer les adolescents à la vie amoureuse et affective. Jean-Luc Giraud a présenté une vision graduée de l’ amour en quatre étapes : l’amour de soi, l’amour de l’autre pour soi, l’amour de l’autre pour l’autre et avec l’autre aimer les autres.

Ensuite, Serge Monnier, professeur de philosophie à la retraite, nous a exposé une conception de l’amour comme dépassement de deux « je » en un « nous », qui acquiert une existence réelle par le mariage. Pour lui, la formule de l’amour est « je nous aime ». Dans cette communauté du « nous », la volonté doit reprendre et soutenir le désir qui s’épuise.

Monsieur Dubois,  professeur de philosophie à la retraite, a exposé une conception de l’amour comme promesse mutuelle à partir de quoi chacun peut compter sur le soutien de l’autre pour développer sa propre liberté.

J’ai moi-même évoqué une conception de l’amour qui, sans être forcément réciproque et sans s’enfermer forcément dans un couple, devient force d’inspiration et de création dans l’accomplissement d’une belle œuvre.

Dans le débat, plusieurs questions ont été formulées.

Ø  Faut-il nécessairement lier l’amour au mariage ?

Ø  Comment conjuguer l’amour et la liberté ?

Ø  Comment éviter le malentendu en amour et comment communiquer au sein du couple ?

Ø  Est-on tenu pour toujours par l’engagement pris ?

 

Pour ceux qui voudraient lire avant notre prochaine rencontre, signalons que nous avons évoqué plusieurs livres. Deux livres de Platon, bien sûr : Le Banquet et Phèdre. Mais aussi Eloge de l’amour, le livre très récent du philosophe Alain Badiou.

Pour faciliter la lecture de Platon, je me permets de signaler quelques textes et articles sur la philosophie de Platon accessibles sur internet à partir du blog : http://jeanmarcghitti.over-blog.com

Il y a, bien sûr, toutes sortes d’autres lectures possibles et en tout genre sur ce sujet.

 

En espérant que toutes ces idées feront leur chemin d’ici la prochaine fois et dans l’attente que soit fixé notre prochain rendez-vous, je vous remercie de votre contribution. JMG

 

12 décembre 2010

Lors de notre prochain café-philo, dont la date n’est pas encore fixée, nous approfondirons notre réflexion partagée sur l’amour. Il importe qu’entre deux rencontres la pensée chemine.  Je vous livre la problématique suivante, que vous pourrez retrouver (et vous pourrez y réagir), sous le titre: "Café philo AME sur l'amour", sur le blog: http://presencephilosophiqueaupuy.over-blog.com 

  

« Tu ne m’aimes pas comme je suis ». Qui n’a jamais dit ou jamais entendu cette phrase un jour ? Ne relève-t-elle pas d’une conception adolescente de l’amour selon laquelle on pourrait trouver quelqu’un qui nous aimerait en tout, tout le temps, et sans qu’il y ait besoin de faire pour lui des efforts, des concessions, des renoncements ? Quelqu’un qui, finalement, ne soit pas quelqu’un d’autre ?

Simone Weil a bien exprimé cette contradiction: « Les deux contraires qui déchirent l’amour humain : aimer l’être humain tel qu’il est et vouloir le recréer ».  Comment cette contradiction peut-elle se résoudre, entre adultes, si ne n’est par le don de soi à l’autre, de manière à se laisser, si ce n’est recréer, du moins transformer ou converti par lui ? Car l’amour, c’est donner à l’autre du pouvoir sur soi, l’essentiel étant dans ce don.

 Au lieu de quoi, le plus souvent, c’est le discours de l’hystérie qui l’emporte dans le couple. Le discours de l’hystérie, c’est la psychanalyse qui nous permet de le reconnaître. Mais avons-nous vraiment le désir de comprendre ce qui se passe en amour ? Le plus souvent, nous tenons l’amour pour le dernier refuge de la niaiserie : un sujet en quoi nous n’aurions pas à introduire de la pensée et où nous pourrions rester pour toujours adolescent.

Le discours de l’hystérique, qu’il soit tenu par l’homme ou par la femme, consiste à prêter à l’autre une puissance, et même une toute-puissance, sous laquelle il voudrait nous prendre et nous dominer, jusqu’à lui prêter des intentions perverses de manipulation. Lacan reprend à Freud l’idée que c’est dans la relation au père que se met en place la posture hystérique. Et, à cette toute-puissance qu’il prête à l’autre, l’hystérique répond : « tu ne m’auras pas, ça ne marche pas comme ça avec moi, je suis libre ». Par cette stratégie de discours, l’hystérique en vient à ce qui était son vrai désir : faire échouer. Faire échouer l’autre dans le désir de domination qu’on lui prête, mais aussi faire échouer l’amour. Et, ce faisant, l’hystérique ne voit pas qu’il s’arroge à lui-même la toute-puissance qu’il reproche à l’autre, puisqu’il pose une demande impossible à satisfaire : « prends-moi comme je suis, quoi que je puisse te faire subir ».  Il faut garder à l’esprit la parole de Lacan : « L’hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner ».

L’hystérie est plus périlleuse chez la femme, car la toute-puissance qu’elle conteste à l’autre, le psychanalyste ne peut manquer d’y voir qu’elle désigne aussi une absence en elle qui fait faille et blessure, et contre laquelle elle ne cesse de se battre.

Mais qu’il soit tenu par la femme ou par l’homme, le discours de l’hystérique, loin d’être une pathologie quelconque, est une position morale : le refus de donner quoi que ce soit à l’autre, le refus de se donner, et finalement le refus de l’amour, le désir de faire échouer l’amour. Qu’il y ait là-derrière, une grande peur d’aimer, c’est probable. 

En amour, l’alternative n’est finalement pas compliquée, et on la complique souvent pour le plaisir de l’esquive : se soustraire ou se donner. Car, il n’y a que le don de soi qui permette d’échapper à la fuite hystérique, dans la mesure où la formule du don est : « je te donne, librement, un pouvoir sur moi ».

Sur cette exemple, on voit comment l’idéal moral doit se confronter à la compréhension psychanalytique des relations humaines, car il ne suffit pas de savoir ce qu’il faut faire (le don) : il faut aussi comprendre pourquoi on n’y arrive pas et quelles stratégies on met en œuvre pour ne pas y arriver (la fuite hystérique). C’est donc dans ce double apport de l’éthique et de la psychanalyse que je vous propose, la prochaine fois, de traiter la question :

Amour et liberté : se donner des libertés ou la liberté de se donner ?

 

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