Bioéthique 2

Publié le par diotime

 

 

Le début se trouve dans l'article: "La bioéthique";

 

 

 

II – ETHIQUE DE LA DISCUSSION. Cf. Jurgën HABERMAS.

 

A – La discussion comme agir humain spécifique et ses conditions prescriptives.

 

1/ La « discussion » = pratique argumentative = agir communicationnel : spécifiquement humain.

a)      Non pas n’importe quelle utilisation du langage :

ð informer, commander, raconter, supplier, souhaiter … (=actes illocutoires variés)

b)      Un échange de paroles en vue de parvenir à un accord sur un état de fait ou une manière d’agir

ð recherche d’une vérité qui n’appartienne à personne, indépendante de ses conséquences pour l’un ou l’autre des interlocuteurs = un objectif commun.

 

2/ Des conditions prescriptives doivent être respectées  pour que la discussion ait vraiment lieu :

a)      liberté de pensée et d’expression :

a/ ne pas parler sous la contrainte ou dans un but purement intéressé (obtenir une récompense ou éviter une peine)

b/ pouvoir faire intervenir toute pensée : ouverture du débat

b)      sincérité : ne pas chercher à dissimuler sa pensée ou à tromper l’autre

c)      égalité d’autorité : chaque parole doit peser le même poids = absence de subordination

 

3/ Les prescriptions de la discussion contiennent les bases fondamentales de la morale :

a)      respect du droit individuel : égale liberté pour tous, absence de contrainte ð justice

b)      Insertion dans un réseau social : viser un accord permettant à chacun d’accéder au vrai avec tous les autres ð solidarité.

 

B – La détermination des normes morales par l’usage effectif de la discussion ð universalisation.

                       

a) C’est par l’usage effectif de la discussion et en en respectant les conditions prescriptives que l’on peut établir la validité d’une norme morale.

                        ð Principe d’universalisation = U

                        Pour qu’une norme soit valide, il faut que :

-          les conséquences et les effets secondaires

-          qui, de manière prévisible, résultent de son application universelle dans l’intention de satisfaire les intérêts de tout un chacun

-          puissent être acceptées sans contrainte par toutes les personnes concernées.

 

ð Principe de discussion = D

Pour qu’une norme soit valide, il faut qu’elle puisse trouver l’assentiment de tous les concernés, pour peu que ceux-ci participent à une discussion pratique.

 

Ce sont ces principes qui ont guidé l’organisation des Etats Généraux de la bioéthique en 2009.

 

b)Universalisation objective et subjective : différence entre Habermas et Kant.

a/ Selon Kant, la maxime de mon action peut être élevée au rang de devoir  si  et seulement si elle peut supporter l’épreuve de l’universalisation, c’est-à-dire si son contenu (son objet ð universalisation objective) peut devenir une loi universelle – et universellement appliquée – sans se détruire elle-même dans une contradiction,

                                                                                                 i.      soit que son application universelle la rende impraticable

                                                                                               ii.      soit parce que la volonté ne peut le vouloir sans se contredire elle-même

b/ Selon Habermas : l’épreuve de l’universalisation ne concerne pas la cohérence interne du contenu ou l’accord de la volonté avec elle-même, mais le jugement de tous les individus concernés (ð universalisation subjective).

Avec les principes U et D, l’universalisation joue au moins à trois niveaux :

o   Application universelle de la norme

o   Application dans l’intention  de satisfaire les intérêts de tous

o   Conséquences et effets secondaires prévisibles de l’application universelle de cette norme acceptées sans contrainte par tous.

 

c)      Application délicate des principes : exemple de l’interdiction du faux témoignage.

Est-ce une norme morale ? Si oui, validité universelle de l’interdiction.

a/La discussion doit conduire à se demander  si les conséquences de l’absence de faux témoignage dans une application universelle en vue du bien de tous peuvent être acceptées et voulues par tous.

b/Il semble bien que oui : personne n’accepte d’être victime d’un faux témoignage, et les conséquences de l’absence de faux témoignage (= qu’il n’y ait pas de victime du faux témoignage) est accepté par tous.

g/ Mais tous sont-ils vraiment d’accord  pour que jamais un faux témoignage ne soit fait ? Certains peuvent considérer qu’il leur est avantageux qu’un faux témoignage ait lieu : exemple du conjoint qui a besoin d’un (faux) témoin pour convaincre d’adultère le conjoint dont il veut se séparer.

                        ð Cela suffit-il pour que le faux témoignage ne fasse pas l’objet d’une interdiction absolue ?

Par contre le test d’universalisation  de Kant serait opérationnel : si un témoignage qui sert les intérêts de quelqu’un est toujours un faux témoignage, alors il ne peut plus y avoir de faux témoignage, puisque chacun sait à l’avance qu’il est faux (cf. exemple de la fausse promesse).

 

C – Normes morales universelles et valeurs éthiques particulières (et universelles ?)

            1/ Ce qui n’obtient pas d’accord unanime ne relève plus de la morale universelle (les normes n’admettent pas le plus et moins : on n’applique pas plus ou moins la règle, on la suit ou on s’en écarte, un point c’est tout !)

            2/ mais relève de l’éthique =

a)      des valeurs que l’on peut suivre plus ou moins, (courageux, solidaire, cultivé)

b)      et qui dépendent d’un choix particulier – celui d’un groupe – ou individuel.

3/ L’avortement n’obtient pas d’accord unanime quant aux conséquences de son interdiction de la part de tous les individus concernés

ð Il ne peut faire l’objet d’une norme morale (interdiction universelle)

ð sa pratique relève de l’éthique, propre à un groupe, ou à chaque individu, en fonction de sa vision du monde, de sa conception de la nature, de ses croyances religieuses, etc.

 

D – Point de vue moral (universel) (=éthique de la discussion)  et éthique de l’espèce humaine.

                        1/ La mise en œuvre de l’éthique de la discussion pour valider des normes morales universelles suppose que l’on décide de s’engager dans la pratique de la discussion (ou pratique argumentative)

ð Qu’est-ce qui peut nous y conduire ? N’y a-t-il pas d’autres possibilités ?

cf. tyrannie, théocratie, etc. = divers usages de l’argument d’autorité (=/= liberté, égalité)

Nietzsche : le « pathos » de la distance = valorisation de la hiérarchie.

2/ Par delà les éthiques propres à chaque groupe humain, et que surplombe le point de vue moral (normatif) en raison de son universalité, il y aurait une « éthique de l’espèce humaine », propre à l’humanité dans sa distinction  par rapport aux autres espèces vivantes.

ð Cette éthique de l’espèce humaine validerait la pratique argumentative comme étant ce qu’il y a de mieux pour l’être humain :

ð Il faut préserver les conditions de possibilité de la discussion.

3/ Chaque individu doit se sentir autonome pour participer à la pratique effective de la discussion. Il ne doit pas être déterminé a priori de manière irréversible par des décisions auxquelles il n’a pas participé : Habermas argumente contre l’eugénisme libéral (les parents décidant de donner à l’enfant telle ou telle qualité grâce aux manipulations génétiques) (Cf. L’avenir de la nature humaine.)

            ð Il faut qu’il y ait une part de hasard dans les déterminations génétiques pour que le sujet puisse se sentir autonome, et non pas instrumentalisé par une finalité externe ou une volonté étrangère.

            Mais ne pourrait-on pas trouver un accord universel – comme pour le clonage – en supposant que le géniteur  veuille donner à son descendant les meilleures chances de réussite dans la vie ?

Cela ne choque pas lorsqu’il s’agit de donner à un enfant une « bonne éducation » (scolaire, artistique, sportive, etc.) et cela peut être considéré comme un « formatage ».

ð On pourrait imaginer la norme suivante : « Tout parent doit pouvoir fixer  a priori les déterminations qu’il juge les meilleures pour son enfant, soit qu’il en décide lui-même, soit qu’il décide d’en laisser une part plus ou moins grande au hasard  ». Ne faudrait-il pas la soumettre au test d’universalisation U ?

 

 

TRANSITION

 

            D’après les principes U et D, pour valider une norme il faut que tous ceux qui sont concernés soient d’accord après avoir participé à égalité à un exercice de pratique argumentative.

            Mais si chaque avis doit être considéré comme égal à celui de tout autre, ne vaut-il pas mieux laisser chacun faire tout simplement comme il l’entend, comme il lui plaît, sans utiliser la coercition ou la contrainte sociale – celle du pouvoir politique ou de l’opinion ?

            ð Cela revient à restreindre considérablement le champ d’intervention des normes morales.

            = l’éthique libérale de John Stuart Mill (utilitarisme) : De la liberté (1859).

            = le minimalisme moral de Ruwen Ogien – Directeur de recherche au CNRS –

-          L’éthique aujourd’hui (2007)

-          La vie, la mort, l’Etat Le débat bioéthique (2009)

                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IIIème partie : LES EXTREMES : ETHIQUE LIBERALE ET ETHIQUE REALISTE.

 

Préliminaires : une alternative fondamentale (cf. Platon : « gigantomachia » combat de géants)

-          Soit la réduction extrême du champ de la morale (« minimalisme moral »)

au nom d’une valorisation maximale du libre choix individuel ;

-          Soit restreindre la liberté en reconnaissant d’abord la réalité en fonction de laquelle doit                 se délimiter notre marge de choix.

 

I – L’ETHIQUE LIBERALE.

 

A/ Utilitarisme et libéralisme. Cf. John Stuart MILL – De la liberté 1859.

                        1 – Utilitarisme :

a)      Ce qui est bien et moral =

ce qui est utile, non pas au sujet individuel (égoïsme)mais  à l’humanité entière : ce qui permet et favorise le progrès de l’humanité.

b)      ð Laisser chaque individu développer et exercer au maximum ses capacité, dans une diversité multiforme : ne pas canaliser ni régler sur une norme commune, sinon « on vole l’humanité ».

ð Valoriser l’originalité, l’individualité, la spontanéité = utilité pour les autres qui vont pouvoir se développer à leur tour.

 

 2 – Libéralisme : Liberté de pensée et d’expression + liberté de comportement.

 

a) Seul ce qui peut nuire à autrui peut être interdit par la législation et sanctionné par la puissance publique

ð Tout ce qui ne nuit pas à autrui, qui ne concerne que l’individu ou qui se déroule entre personnes consentantes, doit être autorisé.

 

b) Mais les jugements de valeur ne sont pas exclus : on doit pouvoir librement exprimer son admiration ou manifester sa répulsion ou son mépris, et rechercher ou fuir la compagnie de tel ou tel en raison de son comportement.

Exemple :  l’ivresse.

On a le droit d’avoir du dégoût pour l’ivresse – et de le faire savoir –

Mais la puissance publique ne doit pas la condamner, sauf si elle a des conséquences néfastes pour autrui (dangerosité, violences conjugales, paresse et négligence envers ses devoirs de parent…).

« Le préjudice qu’une personne cause à la société en ayant une conduite qui n’occasionne aucun dommage à une personne autre qu’elle-même (ex. l’ivresse, l’oisiveté ð ne pas produire les œuvres qui enrichiraient le patrimoine de l’humanité…), l’inconvénient est alors de ceux que la société peut supporter, pour l’amour de ce bien supérieur qu’est la liberté humaine » (De la liberté, p. 64).

«  (…) il vaut toujours mieux laisser les gens livrés à eux-mêmes, caeteris paribus, que de les contrôler (…) » (op. cit. p. 74).

 

c)      Tout se résume en deux maximes fondamentales :

 

I – L’individu n’est pas responsable de ses actions envers la société dans la mesure où elles n’affectent les intérêts de personne d’autre que lui-même.

 

II – Pour les actions portant préjudice aux intérêts d’autrui, l’individu est responsable et peut être soumis aux punitions sociales et légales, si la société juge l’une ou l’autre nécessaire à sa propre protection.

 

 

B – Le « minimalisme moral » - Cf. Ruwen OGIEN

 

            1/ Libéralisme poussé à l’extrême. Limitation du champ d’application de la morale.

 

Ier principe : la non-nuisance à autrui. La morale n’interdit qu’une chose : nuire à autrui.

                        a) Ce qui ne concerne que moi-même ne relève pas de la morale.

                        b) Ce qui concerne autrui mais avec son consentement ne peut pas lui nuire,

 et donc cela ne relève pas de la morale.

 

ð Principe d’indifférence morale du rapport à soi-même ð Aucun devoir envers soi-même.

 

a/Différence avec KANT : des devoirs envers soi-même

-          ne pas se tuer

-          cultiver ses talents

-          travailler à son propre bonheur

Selon Kant, ces devoirs sont des devoirs envers l’humanité qui est en moi et que je dois respecter comme une fin (cf. 3ème formule de l’impératif catégorique – voir supra) :

-          l’humanité comme aptitude à la moralité est une fin en soi ð ne pas la supprimer par le suicide ;

-          une volonté libre ne peut être efficace que si elle a les moyens de réaliser ce qu’elle veut, il faut donc cultiver ses talents sous peine de se condamner à rêver sans réaliser ;

-          le respect de la loi morale suppose que les conditions favorables à une vie droite soient remplies ð cela suppose que nous soyons heureux pour autant que cela dépend de nous ð devoir de travailler à son propre bonheur pour éviter les tentations !

 

b/ Ruwen OGIEN supprime la distinction entre l’être humain que je suis (qui en tant que tel a des droits – les droits de l’humanité en moi) et moi-même comme agent libre (qui a des devoirs envers l’humanité qui est en moi) :

ð il n’y a que moi et… moi, en rapport avec moi ! ð e ne peux pas m’obliger moi-même.

Cf. HOBBES : « Il n’est pas possible à quiconque d’être obligé à soi-même, parce que celui qui peut obliger peut affranchir et donc celui qui s’oblige soi-même n’est pas obligé » (cité par R. OGIEN, L’éthique aujourd’hui, p. 37)

 

IIème principe : égale considération des individus.

                        ð Chacun a autant que quiconque la liberté de choisir pour lui-même la vie (et le comportement) qui lui convient : ce qui est bien pour chacun ne dépend que de lui-même.

                        ð Il n’y a plus de jugement de valeur (à la différence de la position de MILL).

 

IIIème principe : Neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel.

            ð Ne pas condamner ni punir certains comportements : la loi ne doit pas intervenir

ð Ne pas blâmer ou exprimer sa désapprobation : l’opinion publique ou personnelle ne doit pas s’exprimer ð la loi doit interdire ces manifestations d’appréciations axiologiques.

 

2/ Application de ces principes au domaine de la sexualité.

 

             Masturbation, sodomie, fellation, pratiques sadomasochistes, etc.

Toutes ces pratiques ne sont ni bonnes, ni mauvaises, elles dépendent du goût de chacun :

la morale – et la loi – n’ont rien à dire si ces pratiques ne concernent que le sujet lui-même et ses rapports avec un autre sujet adulte consentant, qu’il y ait ou non rémunération (prostitution) ;

Mais il faut un consentement éclairé, ce qui exclut la pédophilie.

 

 

 

 

3/ Application aux questions de bioéthique.

 

a)      La fin de vie. R. OGIEN refuse la loi Leonetti de 2005, qu’Axel KAHN trouve tout à fait équilibrée (L’ultime liberté, pp. 29 à 34).

Cf. distinctions importantes :

                        a/Les soins palliatifs = accompagnement médicalisé = calmer la souffrance, même si l’on sait que le traitement va entraîner la mort du patient.

                        b/ L’euthanasie passive : contre l’acharnement thérapeutique = interrompre des traitements qui permettent de maintenir en vie sans aucune perspective d’amélioration.

                        g/ L’euthanasie active : interrompre la vie (= « aide active à mourir »)

                        d/ Le suicide assisté : demander à autrui d’accomplir le geste fatal ou de le préparer.

ð R. OGIEN demande que le suicide et la mort assistée soient décriminalisés.

 

b)      L’accès à la PMA (Procréation médicalement assistée).

a/ Ne pas privilégier le modèle de la famille hétérosexuelle nucléaire pour l’imiter.

b/ Autoriser l’accès aux différentes formes de PMA

o   aux couples homosexuels

o   aux femmes célibataires

o   aux veufs et aux veuves

o   aux couples non mariés et non cohabitant

 

 

c)      La GPA (Gestation pou autrui) = les mères porteuses.

a/ Autoriser la GPA : laisser les adultes libres et consentant passer des contrats de service entre eux ;

b/ La question de la gratuite ou de la rémunération, ou indemnisation n’est pas dirimante :

Comparaison avec le service rendu par un pompier volontaire, qui peut toucher une indemnité sans que cela paraisse immoral. Et pourtant il met ses forces, et son corps au service du bien d’autrui.

 

d)     IVG et avortement : ne pas limiter cette liberté.

a/ Avortement thérapeutique : laisser à la mère la liberté d’apprécier si une malformation du fœtus – quel que soit son degré de gravité : absence d’un membre, bec de lièvre…- justifie l’IVG ou non.

b/ Une ignorance libératrice : Liberté totale d’avorter puisque l’on ignore ce qu’est réellement l’embryon ou le fœtus : l’entité anté-natale n’a pas de statut juridique

ð on ne peut pas lui faire de tort puisque ce n’est pas encore un sujet de droit.

g/ Une volonté de rester dans l’ignorance : en donnant un statut à l’embryon ou au fœtus on court le risque de remettre en cause la liberté d’avorter.

o   Cf. Remarque des Etats Généraux de la Bioéthique : il vaut mieux ne pas essayer de savoir ce que sont les embryons surnuméraires, car cela pourrait conduire à remettre en cause l’IVG.

o   OGIEN dit la même chose (p. 147 – 149) : Le droit à l’avortement est considéré comme définitivement légitimé parce qu’il a été conquis à travers des luttes sociales et politique (op. cit. p. 189) : « Ce qui donne leur assise aux droits et aux principes,

§  C’est d’abord la longue histoire de leur reconnaissance en conséquence de luttes politique et de débats philosophiques.

§  C’est ensuite qu’ils répondent à toutes sortes d’intérêt légitimes

§  Et c’et enfin qu’ils forment un ensemble cohérent.

Ils n’ont besoin d’aucune garantie supplémentaire » (op. cit. p. 189).

                                  

 

            ð Refus de reconnaître l’interruption involontaire de grossesse : l’entité anté-natale n’a aucun prix et aucune valeur, car ce n’est ni une chose ni un sujet ! = dans un accident de la route il est moins grave de perdre l’enfant à naître et déjà bien vivant dans le sein de sa mère , que de perdre une caisse de vin d’un grand cru : pour cette caisse de vin l’on peut réclamer un dédommagement, mais pour la perte de l’enfant, rien du tout…

            ð Difficultés pour inscrire un fœtus non né sur le livret de famille, car cela pourrait donner des arguments à ceux qui s’opposent au droit à l’avortement !

 

                                   d/ Affirmation de la toute puissance de la liberté humaine qui donne sens et valeur à ce qu’elle veut, et à qui elle veut : cf. dans les Etats Généraux de la Bioéthique, l’importance accordée au projet parental : c’est le projet parental qui donne valeur à l’embryon. (cf. p. 35)

                        ð Seuls les embryons destinés à naître, parce qu’ils font l’objet d’un projet parental, doivent bénéficier d’un »statut protecteur »

                        Les autres n’ont pas à être protégés : ils peuvent être utilisés comme objet d’expérimentation pour la recherche.

                        ð Mais si le projet parental cesse pour une raison ou pour une autre (séparation du couple, mort de l’un des conjoints ou changement d’idée sur la composition de la famille), ipso facto l’embryon ne mérité plus d’être protégé = il régresse à l’état de matériel d’expérimentation !

 

TRANSITION

 

La liberté de choix et la volonté personnelle sont érigés en absolu : « Vous serez comme des dieux ! » (cf. Genèse 3,5). Cf. l’hubris des Grecs : la démesure !

Face à cette volonté individuelle il n’y a plus de vraie réalité, avec des déterminations essentielles,

Mais un matériau plastique – façonnable, modulable à volonté – dont la finalité et l’essence sont déterminées par une puissance extérieure.

 

En écoutant l’oracle delphique « Connais-toi toi-même » = prends conscience que tu n’es pas un dieu, mais un mortel et qu’il faut reconnaître tes limites,

ne peut-on pas se tourner vers une autre forme d’éthique : une éthique de la réalité qui prend en compte ce qui est en vérité pour exercer une liberté tout à la fois finie et responsable ?

 

 

II – UNE ETHIQUE DE LA REALITE.

 

            ð Reconnaître la réalité (essence et existence) du vivant humain, en s’inscrivant dans la ligne d’une tradition vénérable (Aristote, Saint Thomas) tout en accueillant l’éclairage de la science contemporaine (en particulier ce que nous disent les biologistes et généticiens, comme Jacques MONOD).

 

            A – Une essence : une réalité dotée d’une finalité interne = habitée par un projet.

 

                        1/ Le zygote et l’embryon ne sont pas des amas d’éléments chimiques indifférenciés : dès la conception le message génétique est complet : une information d’une richesse suffisante pour spécifier tous les détails de la différenciation enclenchée – ADN ð ARN ð protéines.

 

                        2/ Information et finalité : la téléonomie. Cf. Jacques MONOD, Hasard et nécessité, p.21-22

 

                        « Il serait arbitraire et stérile de vouloir nier que l’organe naturel, l’œil, ne représente l’aboutissement d’un « projet » (celui de capter des images) alors qu’il faudrait bien reconnaître cette origine à l’appareil photographique ».

                        ð l’une des propriétés fondamentales qui caractérisent tous les êtres vivants sans exception : celle d’être des objets doués d’un projet : la téléonomie

                        ð activité orientée, cohérente, constructive. ð la morphogenèse autonome.

 

                        3/ La construction du vivant par lui-même : la morphogenèse autonome (Monod p. 60 et 97).

                        C’est le zygote lui-même qui se construit par une activité interne de différenciation et de mise en complémentarité.

                        ð L’être humain défini par le projet contenu dans le message génétique et mis en œuvre par lui-même est bien un être vivant « qui s’unifie en se différenciant et se divise en s’uniformisant » (d’après HEGEL).

 

            B – Une existence : une puissance d’autoaffirmation qui s’exerce pour se maintenir hors du néant.

                       

                        1/ Cette puissance d’affirmation entre en œuvre dès la conception.

 

                        2/ C’est elle qui accompagne et rend possible la formation du vivant macroscopique et le fonctionnement des différents organes : unité et unicité de chaque individu.

 

                        3/ Unité globale de l’individu et de son acte d’exister.

                        ð Les différentes opérations du vivant ne correspondent pas à plusieurs strates superposées,

                        c’est le même sujet (« actiones sunt suppositorum »),

                        avec la même énergie

                        qui s’affirme à travers différentes fonctions (végétative, sensitive et motrice, intellectuelle)

ð Aussi longtemps que l’une au moins de ces opération s’effectue, c’est encore  la même et unique puissance d’affirmation qui s’exerce.

a)      Les débuts de la vie : la morphogenèse autonome est le fruit de cette affirmation fondamentale dans l’existence.

b)      En fin de vie : considérer la personne âgée dépendante

a.       Non pas comme un vestige (ce qui reste, partie d’un tout disparu)

b.      Mais comme un insigne : un signe sensible qui a la propriété de renvoyer à une dignité. La personne est intégralement présente, même si sa manifestation est amputée et appauvrie

ðcomparaison du  magnétophone et du poste de radio !

ð Cette prise en considération de la réalité qu’est un être humain (essence et existence) suppose une modification du regard pour dépasser les apparences,

et rend possible une éthique de la réalité qui ne sacralise pas la liberté humaine, mais situe précisément notre responsabilité.

 

CONCLUSION

 

1 – Récapitulation :

a)      ce que j’ai voulu faire :

a.       non pas apporter et soutenir une réponse (-ma réponse-) à chacune des nombreuses et difficiles questions auxquelles est affrontée la bioéthique ;

b.      mais montrer le surcroît de difficulté qui naît de la diversité des éthiques auxquelles la bioéthique peut se référer plus ou moins explicitement pour éclairer ses décisions.

b)      nous avons parcouru ensemble l’éthique de la pitié, l’éthique de la rencontre du Visage, l’éthique du devoir et l’éthique de la discussion, pour terminer par l’opposition frontale entre l’éthique libérale et l’éthique réaliste.

2 – J’espère que ce tour d’horizon – pourtant incomplet sans doute – ne vous aura pas étourdi, mais  aura contribué à faire grandir votre lucidité au service d’une authentique responsabilité.

 

 

Serge Monnier

 

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